4 Juillet : « Independance day » Le souper de Metz

4 Juillet : « Independance day » Le souper de Metz

Ce 4 juillet, comme tous les 4 juillet, jour anniversaire de la Déclaration d’Indépendance, l’ambassadeur des Etats-Unis suivi d’une délégation américaine se rendra au cimetière de Picpus ( Paris) pour honorer, le Marquis Marie-Joseph de La Fayette, venu en 1777 aider les révoltés américains. Il réitère ainsi l’hommage fait le 4 juillet 1917 par le général Pershing dirigeant le corps expéditionnaire américain. La célèbre déclaration « La Fayette, nous voilà » aurait été prononcée à cette occasion

 

Mais sait-on que tout a commencé à Metz, lors d’une douce soirée d’été le 8 août 1775 ?

En effet, le comte de Broglie (Victor-François 1718 – 1804), gouverneur des Trois-Evêchés organise un dîner en l’honneur de Monseigneur le duc de Gloucester, frère du roi d’Angleterre George III, et de sa famille de passage à Metz.  En fait, en l’absence du comte, ce serait son frère, François-Claude Séguier, maréchal de camp, qui reçoit les invités, dans le pavillon des Officiers (pavillon St Marcel, entre le Théâtre et le Pont St Marcel). Là, n’est pas l’essentiel, mais le dîner et les convives. Car, à ce dîner, est également conviée, la fine fleur des officiers présents à Metz.

Quel intérêt pour un dîner ayant lieu en 1775, allez-vous me dire. C’est que ce dîner ou souper, va influer le cours de l’histoire et le cours de la vie d’un des convives.

En effet, au cours de ce dîner, le duc de Gloucester critiqua, avec force vigueur et beaucoup de liberté, la politique du gouvernement britannique en Amérique. A cette époque, l’Angleterre est en difficulté avec diverses colonies, dont celle d’Amérique du Nord qui est dans l’opposition. Il justifie et loue avec non moins de vigueur le courage et la détermination des « Insurgents » ; ces révoltés américains, se battant pour leur indépendance.

Parmi les convives, un jeune officier de dragons, en garnison à Metz depuis 1773, l’écoute avec ferveur, lui pose de nombreuses questions et, selon ses propres dires, son « cœur s’enflamme ». Il prend fait et cause pour ces « Insurgents », et, avant la fin du dîner, sa décision est prise : il ira leur prêter main forte et participer à la Guerre d'indépendance des États-Unis d'Amérique.

Ce jeune officier - iI n’a que 19 ans- se nomme Marie Joseph Paul Yves Roch Gilbert Mottier, autrement dit, le marquis de La Fayette. Il est né le 6 septembre 1757 à Chavagnac (Haute-Loire). Orphelin à 17 ans, c’est l’une des plus belles fortunes du Royaume. Il est le gendre du duc de Noailles qui lui a donné le commandement d’une compagnie d’artilleurs de Metz.

Revenons au dîner, ou plutôt à ce qui s’en est suivi. En fait, les choses n’iront pas aussi vite que l’espérait La Fayette. Passons les péripéties et interprétations diverses qui entourent son départ, comme sur sa première tentative de rejoindre l’Amérique. Bénéficiant de complicités et d’appuis importants, dont celui de son beau-père, le Duc de Noailles, il embarque sur la « Victoire » le 29 avril 1777 et vogue en direction de l’Amérique, avec une armée entrainée… Il a vingt ans. Auparavant, en juin 1776, il s’était mis en congé illimité de son régiment et avait signé son engagement dans l’armée américaine comme major général. Après six semaines de traversée, il débarque à Charlestown où on lui réserve un accueil délirant. Puis, il rejoint Philadelphie. Le Congrès, estimant qu’il fait preuve d’un courage exemplaire – il a quitté sa famille et son pays-, lui confère le rang et la commission de Major-Général dans l’armée des Etats-Unis. La Fayette va combattre aux côtés des « Insurgents », dont G. Washington, sera blessé et contribuera à battre les anglais. Il repartira en France en 1779 et reviendra aux Etats Unis sur « l’Hermione » en 1780.

Mais si la figure de La Fayette nous est chère, ce n’est pas seulement pour son courage et ses exploits militaires, mais également parce qu’il était Franc-maçon, engagement qui jouera un grand rôle dans sa vie.  

La Fayette Franc-maçon

A-t-il été initié à Metz ? Dans une loge civile ou militaire comme il y en avait. Des éléments concordants tendraient à prouver qu’en effet, il aurait été initié à l’automne 1775 dans la loge messine du Grand Orient « Saint Jean de Saint Louis de la Vraie Vertu », loge militaire, même si à la même époque son nom figure dans la loge parisienne « la Candeur », dont il serait en fait visiteur. Cette initiation précoce (il a 18 ans)[1] va probablement faciliter son épopée américaine et sa participation à une guerre où la maçonnerie a joué un grand rôle (les valeurs maçonniques ont d’ailleurs inspiré le préambule de la Constitution américaine). Il rencontre à Paris, avant son départ, Benjamin Franklin (grand nom de la maçonnerie) qui le recommande à Georges Washington. Celui-ci l’accueillera chaleureusement (fraternellement ?) à son arrivée aux Etats-Unis, le 1er août 1777 et La Fayette lui vouera une vénération sans borne : « je suis établi chez lui, nous vivons comme deux frères…avec une confiance réciproque » écrira-t-il dans ses mémoires. Dès les premiers temps, il fut admis dans la loge « Union américaine » lors d’une tenue présidée par Washington. Cette intronisation aplanira bien des obstacles : « après que je fus entré dans la maçonnerie américaine, … je n’eus plus jamais à douter de la confiance du général Washington », écrira-t-il ensuite. D’ailleurs, il restera très ami avec Washington, même quand celui-ci sera devenu simple citoyen. Il sera reçu en héros dans plusieurs villes américaines. Des dizaines de loges portent son nom.

Revenu en France, il sera également très lié avec Thomas Jefferson (ambassadeur des EU à Paris), autre grande figure de la maçonnerie, il a même élaboré avec lui un projet présenté à l’Assemblée des électeurs de « Déclaration des droits naturels de l’homme vivant en société » le 11 juillet 1789.

Globe-trotteur de la maçonnerie, il visitera de nombreuses loges en France et en Europe, et sera souvent reçu de façon honorifique. Il porta, haut en couleur, dans ses actes et discours, les valeurs de la maçonnerie, défendant les droits de l’homme et les libertés religieuses. Par exemple, à Metz, en 1792, il écrit une lettre aux officiers municipaux, en faveur des juifs de Metz, où il dit notamment : « les soldats de la Constitution doivent savoir que la liberté religieuse est un de ses principes les plus sacrés ».

En 1824 il déclara dans une loge « Liberté, Egalité, Philanthropie, véritables symboles maçonniques : puisse la pratique de ces principes nous mériter toujours l’estime de nos amis et l’admiration des ennemis du genre humain ».

Le 20 mai 1834, il passe à l’Orient Eternel et repose désormais au cimetière de Picpus.

Chateaubriand dira de lui « Dans le Nouveau Monde, Monsieur de La Fayette a contribué à la formation d’une société nouvelle ; dans le Monde Ancien à la destruction d’une vieille société ».

N’est-il pas paradoxal que La Fayette soit davantage connu aux Etats-Unis qu’en France ?

 




[1] Elève, il a appris les préceptes de Fénelon et vraisemblablement du Chevalier de Ramsay

 

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